Mercredi 8 décembre 2010
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Qui n’est pas familier avec ce terme de « responsable » ? Je dirais même « intimement familier », car il
fait partie de la rhétorique que nous intériorisons. Il faut être responsable, c’est une injonction. Responsable de ses finances, de sa propriété, de sa carrière, de son
corps…
Le terme a également été utilisé pour les entreprises, notamment avec la montée en puissance de l’idée de « développement durable ». Pour
reprendre les termes simples des Amis de la terre, il s’agit que les entreprises soient
« des acteurs responsables, respectueux de l’environnement et des personnes ».
Alors en lisant les deux articles que je vais vous présenter, j’ai senti comme un hiatus entre les injonctions que l’on subit d’être responsables
de tous les aspects de nos vies[1] et les comportements de ces deux entreprises françaises, dont la « responsabilité » ne semble pas exemplaire, ni son éventuelle
absence pointée du doigt, si ce n’est pas quelques associations et ONG qui peinent à se faire entendre.
Le premier article est à lire sur Eco89 mais il est possible que vous ayez déjà entendu parler de cette affaire. Ecrit par David Servenay,
ce papier met en lumière les méthodes plus que douteuses de l’entreprise Socapalm. Cette plantation de palmier, la plus importante du Cameroun, est sous le contrôle des
groupes Bolloré et Fabri. D. Servenay se base sur trois ans d’enquête réalisée par quatre associations qui se sont intéressées de près aux pratiques de Socapalm, « pratiques
sociales et environnementales contestées ».
En effet, on apprend que les populations locales sont loin d’être bénéficiaires de l’implantation de la société. Si certains
villageois ont ainsi pu trouver un emploi, ce n’est pas la situation majoritaire. En outre, la société fait même pression pour limiter le plus possible les « planteurs
villageois privés ». Cette pression se fait par inertie, comme avec le non entretien des routes, mais aussi en s’offrant les services d’une entreprise de sécurité (Africa Security
Cameroun SARL) qui met en place un réel « climat de terreur » avec de réelles violences. Est-il alors nécessaire de préciser que les promesses
d’infrastructures ne sont pas tenues et que les règles de sécurité ne sont pas respectées ?
Voilà pour la responsabilité envers les hommes, reste celle envers l’environnement. Pollution de l’air, de l’eau… de ce côté-là, la situation n’est guère plus
reluisante.
La deuxième entreprise française dont la « responsabilité » m’a particulièrement marquée est Total. Trois journalistes du site
Owni se sont intéressés aux « gaz de schistes », dont l’exploitation a commencé aux Etats-Unis et qui semble devoir avoir lieu en France, sous l’égide,
entre autres, de Total. Sylvain Lapoix, Ophelia Noor et Pierre Ropert nous explique que l’entreprise Halliburton a mis en place
un nouveau procédé de forage permettant d’aller chercher du gaz beaucoup plus loin que les possibilités actuelles. Tout va bien dans le meilleur des mondes, voilà une solution
aux problèmes d’énergie ! Oui mais… De façon très pédagogique, et comme ils savent très bien le faire, l’équipe de la Soucoup a créé une petite application pour nous expliquer le procédé… et
les risques qu’il contient. Pour faire simple : des produits chimiques dangereux pour la santé qui se retrouvent dans l’eau des populations avoisinant les
forages. C’est le cas aux Etats-Unis, là où des forages se sont développés.
On peut alors légitimement se poser la question de la responsabilité des entreprises qui soutiennent l’initiative de forages dans le Sud de la France, mais aussi du
ministère de l’écologie qui a donné son aval à ces projets.
L’article sur Socapalm est à lire ici.
Concernant le dossier d’Owni vous pouvez retrouver l’article sur « le trésor empoisonné du sous-sol français » ici et celui sur les dangers du forage là. Si vous voulez simplement vous amuser
avec l’application, il faut cliquer ici.
Petite précision : je n'ai évidemment pas pu préciser ni entrer dans le détail de tout ce que développe Owni, et cela frustre mes tendances à l'exhaustivité. Alors
je vous encourage vivement à lire les deux articles (et à lancer l'appli évidemment).
[1] Et s’il vous arrive une catastrophe, vous n’aviez qu’à prévoir la bonne assurance !